Les témoins d’une histoire singulière
Si l’architecture témoigne du passé d’un territoire, cela est particulièrement vrai en Alsace du fait de son histoire aussi singulière que mouvementée. À Strasbourg, par exemple, des bâtiments rappellent que la cité est devenue ville royale française en 1681. C’est le cas de l’Archevêché, rue des Frères, qui a été élevé entre 1724 et 1731 avec une cour et un jardin selon le principe des hôtels particuliers parisiens.
Au nord de la commune, le quartier de la Neustadt illustre, pour sa part, l’annexion de la région à l’empire prussien au lendemain de la guerre de 1870 et le mélange des styles adopté par les architectes d’alors. Parmi eux : le néo-renaissance, le néo-gothique, le néo-classique et le Jugendstil, l’art nouveau allemand et ses références à la nature.
Cette diversité d’influences fait partie des charmes de Strasbourg et vaut à son hyper-centre et à la Neustadt d’être classés au patrimoine mondial de l’Unesco depuis respectivement 1989 et 2017. La ville est la première en France à avoir bénéficié d’une telle inscription pour un secteur urbain et non pour un seul monument ou bâtiment.
Des maisons à colombages en voie de disparition
Emblématiques de la campagne alsacienne, les maisons à colombages remontent au Moyen Âge. Cependant celles encore debout, dans le Bas-Rhin comme le Haut-Rhin, datent principalement du XIXe siècle, soit juste avant l’arrêt de leur construction dans les années 1870 au profit de bâtisses en pierres ou en briques. Si des différences locales existent, ces demeures présentent des caractéristiques architecturales communes, à commencer par une ossature à pans de bois. Mais également une toiture en pente recouverte de tuiles plates ou encore, très souvent, des balcons ornés de balustres sculptés ou tournés, sans oublier des portails encadrés par des colonnades aux pierres de taille décorées.
Plusieurs centaines d’entre elles sont détruites chaque année, déplore l’Association pour la sauvegarde de la maison alsacienne (ASMA). La raison ? Des propriétaires ont peur de se lancer dans leur restauration. Il existe pourtant des subventions et des groupements de professionnels spécialisés pour les accompagner dans ces travaux.
Réhabilitations et constructions d’avenir en Alsace
Derrière son image de carte postale, l’Alsace n’est en rien figée. Son paysage architectural évolue. En 2019, le conseil départemental du Bas-Rhin a invité des architectes à imaginer la « maison alsacienne du XXIe siècle ». L’objectif : adapter les bâtisses historiques aux nouveaux modes de vie ainsi qu’aux transitions énergétiques et écologiques.
Ce souci à la fois de conservation et de projection dans l’avenir se retrouve aussi dans la réhabilitation de nombreuses friches industrielles, à l’instar de la brasserie Fischer à Schiltigheim et de la Fonderie à Mulhouse.
Par ailleurs, de nombreux programmes immobiliers aux lignes contemporaines sortent de terre ou sont déjà annoncés. À Strasbourg, dans le bassin d’Austerlitz, cette vague de modernité a pour phare les « Black Swan », trois tours que l’architecte parisienne Anne Demians a conçues autour d’une structure et de coursives extérieures en aluminium. Non loin d’elles, la tour « Elithis » est, depuis son inauguration en 2018, le premier bâtiment à énergie positive au monde. Il produit plus d’électricité qu’il n’en consomme notamment grâce à une ossature en béton renforcée par une épaisse isolation, des installations techniques moins énergivores et une batterie de panneaux solaires.


